Le songwriting vient de vivre son plus cocasse chambardement. Un poète a perdu sa muse. L'histoire est banale. Sauf quand la muse s'appelle Thatcher est qu'elle inspirait à Billy Bragg les protestsongs les plus émouvantes et les plus inspirées de l'époque.
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"C'est vrai que ça a été un problème le jour où elle est partie, j'ai eu peur de perdre mon boulot. Mais bon, imagine que Le Pen disparesse demain: tu ne le regretteras pas. Et tant pis pour les chansons! L'important était qu'elle parte, je suis content d'avoir perdu mon sujet principal d'inspiration. J'écrivais des chansons qui étaient entièrement le produit de leur époque, des années 80. Mais les deux idéologies qui ont le plue marqué l'Angleterre depuis la guerrele marxisme et le Thatchérismesont en déroute. Mes chanson s'en ressentent forcément. Je ne peux plus continuer à utiliser ce langage périmé, il faut que je retourne à mes racines. Pour moi, ça ne sera aps difficile de faire marche arrière, car je suis arrivé au socialisme par l'humanitarisme, par des idéaux. Mais je plains ceux qui y sont parvenus par le marxisme. Pour moi, ça ne sera pas très dur de retrouver une approche personelle." |
Le spleen de l'éternel opposant se retrouvant finalement dans la majorité. Mais ici, le militant et le romantique ont toujours ramé dans la même barque. Que le premier tombe à l'eau ne laisse finalement que plus de place au second. La vindicte et les slogans à l'eau, la ballade peut maintenant se jouer près du coeur . Avec, enfin, les doutes et la fragilité que les certitudes politiques matraquaient hier encore. Exposé comme mille, même plus protégé par un drapeau ou une banderole, Billy Bragg arrête de ne jouer que collectif pour, enfin, chanter personnel.
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"Don't try this at home, mon nouvel album, est très marqué par la guerre du Golfe, par l'escalade qui a abouti à ce conflit. L'atmosphère de mobilisation générale qui régnait en Grande-Bretagne me rendait malade. Je sentais que nous étions totalement isolés du reste de l'Europe, que nous allions encore être le chien fidèle des Etats-Unis. Mais je ne pense pas que la guerre ait été le constat d'échec de toutes nos campagnes pacifistes. Au contraire, nous avions envoyé un signal que Bush et Gorbatchev ont bien reçu. Tute notre action se jugera à long terme. Le jour où je suis né, en 57, on a envoyé en orbite des bombes nucléaires, qui ont tourné au-dessus du pôle Nord depuis, prêtes à tomber ... Et là, pour la primière fois de ma vie, la menace est écartée, les engines sont revenus à leur base. Je suis si fier d'avoir assisté à ça. De toute façon, je sais bien que la plupart de mes actions militantes sont totalement inutiles. Surtout le fait de me lever le matin (rires) ... Quand je vais à une manifestation, ce n'est souvient pas pour changer le monde, mais pour partager une expérience commune. ça fait du bien de savoir que 50 000 persones sont avec toi contre l'apartheid, contre les armes nucléaires. Tu te sens moins seul." |
Et quitte à changer, autant faire briller la musique, trop souvent ici reléguée au rang de porte-drapeauoption tout-mesaage, guitares minus-racho pour texte maousse costaud.
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"J'avais fini par être limité par l'instrumentation minimale. Je suis devenu plus tolérant vis-à-vis de la production. Aparavant, seules les paroles comptaient pour moi, je me foutais totalement du son, du style. Mais là j'ai appris à me soucier de l'emballage autant que du contenu. Le premier album [track] que nous ayons fini sur cet album a été Sexuality, très produit. Je ne pouvais alors plus reculer, it fallait que le reste de l'album soit de cet acabit. Je ne puvais plus faire marcher arrière, revenir à un son dénudé. C'était lew bon moment de faire ce as ou j'aurais fini par me répéter. J'avais besoin de collaborer avec d'autres musiciens pour faire avancer ma musique, pour lui donner un bon coup de fouet. Johnny Marr, je le connaissais depuis les Smiths. Pour ce qui est Peter Buck, j'ai eu l'occasion de jouer trois fois avec REM cette anée. Une des dates était chez eux, à Athens. Peter m'a invité à rester une semaine chez lui, pour nous 'amuser'. Son indée de 'l'amusement' consiste à s'enfermer du soir au matin en studio avec des guitares ... Je suis certain que beaucoup de jeunes me prennent pour un vieux raseur et c'est pour eux j'ai écrit Sexuality. Car si le message est sérieux, il est cette fois servi avec beaucoup d'ironie, sur fond de dance-music. Ça va les intriguer et, avec un peu de chance, les intéresser." |
L'éducation des masses, parce que de ce côté de la politique, on ne se refait pas. Pourtant jamais donneur de leçon, Billy, trop tendre et trop ironique pour se laisser séduire par la sale tranche du dogmatisme. Chez ce type-là, il y a une vie avant la politique, pas d'emporte-pièce estudiantin mais un parcours biscornu comme ses drôles de parolesoù les footballeurs sont envoyés par Dieu, à leur apogée sur Don't try this at home.
"Je me suis fait tout seul, je suis un no man's land", comme dirait Mocky.
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"Je n'ai découvert la politique que très tard. Sinon, crois-mois, je ne me serais jamais engagé dans l'armée (rires) ... L'instruction, elle est venue après, lentement, en lisant. Le déclic, c'est l'armée, est comportement des officiers. Auparavant, je n'avais jamais vrencontré que des prlos et là, pour la premiè fois, je me suis rendu compte de l'existance des classes sociales. Mais à part ça, quelle erreur, tu aurais dû de me voir habillé en vert (rires)... Moi, je n'ai jamais lu. La différence que je fait entre le socialisme et le capitalisme n'est jamais dogmatique. Les pays de l'Est, quelle bonne idée! Quel dommage que ça n'ait pas marché! Mais même si nous sommes pas en odeur de sainteté aujourd'hiu, même si le socialisme est ewn déclin, son empreinte est ici pour toujours. Regarde le punk-rock; ça n'a duré que deux ans et pourtant, l'héritage est omniprésent. Grâce à lui, je suis ici, tu es ici." |
| (JD Beauvallet / photo: R. Monfourny) |
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