Ultras
 

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Le mouvement ultras


Trop souvent, on tend à limiter le mouvement ultras à ses aspects les plus sombres tels que la violence ou la xénophobie, en oubliant que celui-ci constitue depuis plus de trente ans un phénomène social capable de rassembler une partie de la jeunesse.  C’est à la fin des années 1960 que le mouvement ultras voit le jour en Italie. L’ambiance des stades va se transformer : dans les tribunes sont introduits de nouveaux accessoires et des comportements inexistants jusque là. A la différence des simples spectateurs et des autres supporters, les premiers groupes de jeunes ultras assistent activement à la partie en soutenant leur équipe pendant toute la rencontre avec des chants incessants, utilisant des tambours en battant des mains pour rythmer leurs chants. Ils se munissent de banderoles pour marquer leur territoire et font usage de nombreux drapeaux et fumigènes.   La conception de supporters actifs et organisés naît. Les tribunes populaires changent radicalement de visage, produisant de véritables spectacles colorés qui se déroulent en concomitance de l’évènement sportif. L’Angleterre est une source d’inspiration pour les ultras italiens, notamment par l’usage des écharpes et des étendards mais aussi par les chants qui résonnent dans les stades britanniques. Ils sont également disposés à aller s’affronter violemment avec les ultras d’équipes rivales. Cependant, la violence autour des terrains de football n’est pas un phénomène neuf ; elle a toujours accompagné l’histoire du football : bagarres entre supporters rivaux, invasions de terrains par la foule, lancers d’objet sur les autres supporters… Comme toutes les sous cultures jeunes, le mouvement ultras est caractérisé par un style de vie, qui détermine les règles et les actions du groupe. C’est également une certaine manière de s’habiller qui distingue les ultras, ceci contribuant à définir l’identité du groupe. Dans les années 1980, le mouvement ultras connaît un véritable boom et se répand dans chaque stade. Les plus grands groupes comptent plusieurs milliers de membres et le spectacle dans les tribunes est impressionnant. L’affrontement avec le groupe adverse a lieu lors d’épisodes violents mais également avec des spectacles, des voiles et des ambiances survoltées. Pour réaliser ces spectacles, plusieurs semaines de préparation sont parfois nécessaires, mais également des moyens financiers. D’où la nécessité de produire et de vendre son propre matériel aux couleurs du groupe ultras.   Au cours de ces mêmes années, le phénomène ultras est adopté par les jeunes supporters d’Europe du Sud comme en Espagne, en France, dans les Balkans et au Portugal. En revanche, ce n’est que lors de la décennie suivante, dans les années 1990, que le modèle est repris par les pays du nord de l’Europe, comme l’Allemagne, la Belgique ou encore la Scandinavie, mais aussi de l’Europe centrale.   Pendant les années 1970, la situation politique italienne est extrêmement agitée et l’on voit apparaître dans les stades les symboles d’extrême gauche en vogue chez la jeunesse de l’époque. La tendance va s’inverser et dès le début des années 1990, des partis extrémistes et xénophobes profitent de ces espaces libres pour les occuper et recruter une partie de la jeunesse. Ainsi des symboles nazis et fascistes sont exposés régulièrement par certains groupes qui ne cachent pas leur xénophobie qui s’exprime également par des chants racistes. A l’inverse, de nombreux groupes ultras prennent leurs distances de ces comportements à travers des séries d’initiatives telles que des banderoles communes sur le thème (« Les ultras unissent, le racisme divise ») et des actions de solidarité en faveur des immigrés et des réfugiés ou encore en faveur d’initiatives humanitaires en Afrique, en Asie, en Palestine ou encore au Chiapas.  A l’heure actuelle on peut considérer que le mouvement ultras se trouve à un tournant décisif. Va-t-on assister à l’inexorable essor des tendances xénophobes et nationalistes dans la majorité des tribunes européennes, ou bien une résistance citoyenne prônant l’ouverture aux autres va-t-elle parvenir à contrecarrer, voire même à réduire cette dangereuse progression ?

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